Burundi : à Busuma, les réfugiés congolais menacés par l’assèchement des financements humanitaires
Genève/Bujumbura, 21 octobre 2026 – Plus de dix mois après l’arrivée de dizaines de milliers de réfugiés congolais dans le camp de Busuma, à l’est du Burundi, les conditions de vie sur place restent extrêmement précaires. Malgré l’insécurité dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC), de nombreux réfugiés disent préférer y rentrer plutôt que de continuer à vivre dans le camp. Alors que les besoins restent immenses, Médecins Sans Frontières (MSF) s'inquiète d’une nouvelle dégradation de la situation à Busuma, plusieurs organisations actives dans le camp risquant de voir leurs financements disparaître dans les prochaines semaines.
« On a l’impression d’être des chèvres attachées à un piquet, laissées là pour manger l’herbe », témoigne Ibonge Alinoti, arrivé à Busuma en décembre 2025 après avoir fui les affrontements près d’Uvira, en RDC. « Je pensais pouvoir rentrer chez moi en avril, mais nous sommes toujours dans ce camp où tout manque. Nous souffrons beaucoup. »
Depuis avril, plus de 20 000 réfugiés de Busuma ont regagné la RDC dans le cadre d’un programme de retour volontaire vers des zones sécurisées, géré par les Nations Unies. Environ 35 000 personnes vivent toutefois encore dans le camp, où la réduction de l’aide aggrave une situation déjà critique.
« Faute de financements suffisants, les distributions alimentaires et monétaires ont été constamment réduites. Les besoins en abris restent massifs. Ceux construits au début de la crise n’ont qu’une durée de vie de six mois et se détériorent alors que la saison des pluies a débuté », alerte Ouo-ouo Sakouvogui, coordinateur de la réponse de MSF dans le camp. « Si rien ne change, la situation risque de devenir à nouveau très critique. »
L’avenir de la réponse humanitaire suscite également de vives inquiétudes. Plusieurs organisations présentes à Busuma ne disposent de garanties de financement que jusqu’à la fin de 2026, certaines n’ayant même plus de budget au-delà de ce mois d'octobre 2026.
« Malgré les efforts des autorités et des Nations Unies pour mobiliser les bailleurs, les coupes budgétaires globales sont là, et des acteurs humanitaires risquent de disparaître du camp dès le début de 2027 alors que les besoins restent immenses », prévient Adélaïde Ouabo, coordinatrice des programmes de MSF au Burundi.
Des conditions de vie qui menacent la santé
Si les interventions d’urgence de début 2026 ont permis d’améliorer les conditions sanitaires et de maîtriser les épidémies de choléra et de rougeole, les conditions de vie des réfugiés restent extrêmement précaires. En septembre, le camp ne comptait qu’une latrine pour 119 personnes et une douche pour 242 personnes.
« Les cas de maladies hydriques ont diminué pendant la saison sèche, mais la saison des pluies, dans un contexte de prévisions liées à El Niño, risque de changer la donne », souligne Ouo-ouo Sakouvogui.
Les besoins médicaux restent eux aussi très élevés. Entre juillet et septembre, les équipes de MSF ont réalisé plus de 12 000 consultations ambulatoires dans le camp et la communauté d’accueil, notamment pour des infections respiratoires et intestinales. Plus de 300 personnes ont également bénéficié de soins plus spécialisés.
La détresse psychologique est particulièrement préoccupante. Les équipes de MSF constatent une forte demande de soutien en santé mentale, alimentée par les violences subies en RDC, la fuite, les pertes et la dégradation des conditions de vie à Busuma.
« Beaucoup de personnes sont désespérées. L’aide diminue alors que certaines n’ont même pas de bâche ou de couverture pour se protéger. Nous constatons des dépressions, de l’anxiété, des psychoses et des syndromes de stress post-traumatique », explique Vanessa Niyonizigiye, psychologue clinicienne de MSF dans le camp. « Les besoins sont vraiment énormes. »
Arrivée à Busuma après avoir fui la RDC à la mi-décembre 2025, Asiya Bipemaju partage un abri avec 14 autres réfugiés.
« Nous avons fui en laissant tout derrière nous, et quand nous sommes arrivés ici, nous avons fait face au choléra, aux infections et aux décès des gens autour de nous. Aujourd’hui, nous luttons pour dormir et nourrir nos enfants. Tous ces problèmes me pèsent énormément. Honnêtement, je n’en peux plus. Je veux rentrer. »
Rentrer en RDC, malgré les risques
Comme Asiya, de nombreux réfugiés expriment leur volonté de rentrer en RDC, malgré une situation sécuritaire toujours volatile. Pour certains, les conditions de vie à Busuma deviennent si difficiles que le retour leur semble préférable à la poursuite de l’attente dans le camp.
« Nous ne voulons tout simplement pas rester ici. Il y a trop de souffrance et pas assez d’aide. Nous ne voulons pas d’argent, nous voulons juste partir », témoigne Ibonge Alinoti. « J’ai déjà fui la violence trois ou quatre fois au Congo. Si cela recommence, nous nous échapperons encore. »
« La population de Busuma ne peut pas continuer à vivre dans de telles conditions », insiste Adélaïde Ouabo. « Il n’est pas acceptable que des réfugiés préfèrent risquer leur vie plutôt que de rester dans un camp censé les protéger et les soutenir. Cette situation est un signal d’alarme auquel il faut remédier de toute urgence. »
Pascale Antonie