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    "title": "Ebola en RDC : les enfants, touch\u00e9s de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e et exclus des innovations m\u00e9dicales",
    "modified_at": "2026-10-15 13:25:50",
    "published_at": "2026-10-15 13:25:00",
    "url": "https://msf-switzerland.prezly.com/ebola-en-rdc-les-enfants-touches-de-maniere-disproportionnee-et-exclus-des-innovations-medicales",
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    "slug": "ebola-en-rdc-les-enfants-touches-de-maniere-disproportionnee-et-exclus-des-innovations-medicales",
    "body": "<p style=\"text-align: justify\"><strong>Gen&egrave;ve le 15 octobre 2026 - Les enfants paient un tribut d&eacute;vastateur &agrave; l&rsquo;&eacute;pid&eacute;mie d&rsquo;Ebola qui s&eacute;vit actuellement dans le nord-est de la R&eacute;publique d&eacute;mocratique du Congo (RDC). Alors que les enfants pr&eacute;sentent un risque de d&eacute;c&egrave;s plus &eacute;lev&eacute; que les adultes lorsqu&rsquo;ils contractent Ebola, ils repr&eacute;sentent &eacute;galement une part importante des personnes touch&eacute;es par l&rsquo;&eacute;pid&eacute;mie actuelle. Selon Epicentre, le centre de recherche &eacute;pid&eacute;miologique de M&eacute;decins Sans Fronti&egrave;res (MSF), pr&egrave;s d&rsquo;un cas confirm&eacute; d&rsquo;Ebola sur quatre au Nord-Kivu concerne un enfant. MSF est profond&eacute;ment pr&eacute;occup&eacute;e par l&rsquo;impact disproportionn&eacute; de la maladie sur les enfants et appelle &agrave; une meilleure prise en compte de leurs vuln&eacute;rabilit&eacute;s sp&eacute;cifiques, tant dans la r&eacute;ponse m&eacute;dicale que dans les efforts de recherche.</strong> </p><p style=\"text-align: justify\">Si Ebola demeure une maladie mortelle pour toutes les tranches d&rsquo;&acirc;ge, les plus jeunes enfants sont ceux qui pr&eacute;sentent le risque de d&eacute;c&egrave;s le plus &eacute;lev&eacute;. Au Nord-Kivu, les enfants sont particuli&egrave;rement touch&eacute;s par l&rsquo;&eacute;pid&eacute;mie actuelle : 24 % des cas confirm&eacute;s concernent des enfants de moins de cinq ans, contre 13 % en Ituri. Les nourrissons de moins d&rsquo;un an repr&eacute;sentent quant &agrave; eux 13 % des cas, contre 6 % en Ituri. Au Centre de Traitement Ebola (CTE) de Butembo, au Nord-Kivu, les &eacute;quipes de MSF ont observ&eacute; un taux de l&eacute;talit&eacute; particuli&egrave;rement &eacute;lev&eacute; chez les enfants. Entre juin et septembre 2026, 24 des 30 enfants pris en charge dans ce seul centre, dont la majorit&eacute; avait moins de cinq ans, sont d&eacute;c&eacute;d&eacute;s des suites du virus Bundibugyo. La progression rapide de la maladie au sein des communaut&eacute;s et l&rsquo;acc&egrave;s limit&eacute; aux soins sp&eacute;cialis&eacute;s contribuent &agrave; ces taux de l&eacute;talit&eacute; alarmants. </p><p style=\"text-align: justify\">&laquo; Les structures de soins primaires manquent souvent de l&rsquo;expertise sp&eacute;cialis&eacute;e, des &eacute;quipements et des mesures de pr&eacute;vention et de contr&ocirc;le des infections n&eacute;cessaires pour identifier les cas suspects et les prendre en charge en toute s&eacute;curit&eacute; &raquo;, explique St&eacute;phanie Hoffmann, coordinatrice de projet MSF &agrave; Butembo. &laquo; La plupart des enfants admis dans notre CTE de Butembo au cours de l&rsquo;&eacute;t&eacute; avaient d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; hospitalis&eacute;s pour d&rsquo;autres maladies dans plusieurs structures de sant&eacute; au cours des jours ou des semaines pr&eacute;c&eacute;dant leur admission. Les membres de leur famille n&rsquo;&eacute;taient pas eux-m&ecirc;mes atteints d&rsquo;Ebola, et il est tr&egrave;s probable que ces enfants aient contract&eacute; la maladie dans des structures de sant&eacute;. &raquo; </p><p style=\"text-align: justify\">Les enfants sont disproportionnellement touch&eacute;s par l&rsquo;&eacute;pid&eacute;mie actuelle, mais sont laiss&eacute;s pour compte lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;acc&eacute;der &agrave; des outils m&eacute;dicaux innovants. Historiquement, ils sont souvent exclus de la recherche clinique ou n&rsquo;y sont inclus qu&rsquo;apr&egrave;s des d&eacute;lais consid&eacute;rables, ce qui cr&eacute;e des lacunes pr&eacute;occupantes en termes de connaissances scientifiques et limite leur acc&egrave;s &agrave; des interventions susceptibles de sauver des vies. </p><p style=\"text-align: justify\">&laquo; Les traitements, les vaccins et autres outils de pr&eacute;vention concernant Bundibugyo devraient &ecirc;tre &eacute;valu&eacute;s d&egrave;s le d&eacute;but des travaux de recherche en vue de leur utilisation chez les enfants, puis leur &ecirc;tre rendus accessibles sans d&eacute;lai. Dans l&rsquo;&eacute;pid&eacute;mie actuelle, les enfants continuent d&rsquo;&ecirc;tre laiss&eacute;s pour compte : leur acc&egrave;s aux essais et aux campagnes de vaccination, ainsi qu&rsquo;aux derni&egrave;res innovations th&eacute;rapeutiques, reste tr&egrave;s limit&eacute; alors m&ecirc;me qu&rsquo;ils supportent une part importante du fardeau de la maladie. On ne peut pas continuer &agrave; attendre que des donn&eacute;es soient g&eacute;n&eacute;r&eacute;es chez les adultes avant de faire b&eacute;n&eacute;ficier aux enfants de progr&egrave;s dans la prise en charge et la pr&eacute;vention d&rsquo;Ebola &raquo;, d&eacute;clare le Dr Guyguy Manangama, &eacute;pid&eacute;miologiste et directeur adjoint des op&eacute;rations de MSF. &laquo; En plus d&#039;immenses difficult&eacute;s li&eacute;es &agrave; la prise en charge des jeunes patients, les structures m&eacute;dicales doivent composer avec l&rsquo;absence de recommandations pr&eacute;cises concernant les posologies p&eacute;diatriques et la disponibilit&eacute; limit&eacute;e de formulations adapt&eacute;es aux enfants pour les m&eacute;dicaments exp&eacute;rimentaux. Une approche centr&eacute;e sur l&rsquo;enfant doit &ecirc;tre au c&oelig;ur des soins m&eacute;dicaux, de la planification op&eacute;rationnelle et des efforts de recherche. &raquo; </p><p style=\"text-align: justify\">MSF appelle les autorit&eacute;s nationales, les instituts de recherche, les entreprises pharmaceutiques et les bailleurs de fonds internationaux &agrave; faire de l&rsquo;inclusion des enfants une priorit&eacute; dans toutes les &eacute;tudes en cours et &agrave; venir sur le virus Bundibugyo. \u200b </p><p style=\"text-align: justify\">Bien que des efforts aient &eacute;t&eacute; d&eacute;ploy&eacute;s pour r&eacute;duire les cons&eacute;quences psychologiques de l&rsquo;isolement chez les enfants, notamment gr&acirc;ce &agrave; la cr&eacute;ation de cloisons vitr&eacute;es permettant aux parents de voir leurs enfants hospitalis&eacute;s et de communiquer avec eux, l&rsquo;admission dans un Centre de Traitement Ebola demeure une exp&eacute;rience profond&eacute;ment &eacute;prouvante pour les jeunes patients. Certains sont trop jeunes pour comprendre ce qui leur arrive ou pour r&eacute;pondre eux-m&ecirc;mes &agrave; leurs besoins les plus &eacute;l&eacute;mentaires. \u200b </p><p style=\"text-align: justify\">Pour aider &agrave; r&eacute;pondre &agrave; cette situation, MSF a recrut&eacute; et form&eacute; des accompagnants d&eacute;di&eacute;s aux enfants, charg&eacute;s de leur apporter quotidiennement soutien et r&eacute;confort dans plusieurs CTE, en portant des &eacute;quipements de protection individuelle (EPI) complets. Parmi ces accompagnants figurent notamment des personnes ayant surv&eacute;cu &agrave; Ebola. Aujourd&rsquo;hui, 13 accompagnants soutiennent les enfants au Centre de Traitement Ebola de Kitatumba, &agrave; Butembo. Bien qu&rsquo;elle soit loin de constituer une solution parfaite, cette initiative apporte un contact humain et un soutien &eacute;motionnel essentiels aux enfants confront&eacute;s &agrave; l&rsquo;&eacute;pid&eacute;mie. </p><p style=\"text-align: justify\">Les cons&eacute;quences de l&rsquo;&eacute;pid&eacute;mie sur les enfants ne se limitent pas &agrave; l&rsquo;infection par le virus Ebola. Les perturbations des services de sant&eacute; essentiels peuvent rapidement accro&icirc;tre les risques li&eacute;s &agrave; la malnutrition, &agrave; d&#039;autres maladies infantiles courantes et aux maladies &eacute;vitables par la vaccination. Le maintien de la vaccination de routine, des programmes de nutrition et de l&rsquo;acc&egrave;s aux soins de sant&eacute; primaires doit donc &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; comme une composante essentielle de la riposte &agrave; l&rsquo;&eacute;pid&eacute;mie, et non comme une pr&eacute;occupation secondaire. </p><p style=\"text-align: justify\">Le renforcement des mesures de pr&eacute;vention et de contr&ocirc;le des infections (PCI) dans les structures de sant&eacute;, la garantie de la disponibilit&eacute; des &eacute;quipements de protection individuelle et le renforcement de la formation du personnel soignant dans les centres de sant&eacute; ne prenant pas en charge Ebola, dans les zones &agrave; risque, sont tout aussi essentiels. Ces mesures permettent de maintenir les services de sant&eacute; indispensables tout en pr&eacute;venant les transmissions associ&eacute;es aux soins. </p><p style=\"text-align: justify\"><strong>Notes aux r&eacute;dactions</strong> </p><p style=\"text-align: justify\"><em><strong>Traitement</strong></em><em> </em></p><p style=\"text-align: justify\">Un essai clinique actuellement en cours, EBO-PEP, &eacute;value un antiviral oral, l&rsquo;obeldesivir, destin&eacute; &agrave; pr&eacute;venir l&rsquo;infection par le virus Ebola apr&egrave;s une exposition &agrave; haut risque. Si son efficacit&eacute; est d&eacute;montr&eacute;e, ce traitement pourrait constituer une solution pratique pour prot&eacute;ger les personnes r&eacute;cemment entr&eacute;es en contact avec un patient atteint d&rsquo;Ebola. </p><p style=\"text-align: justify\">Bien qu&rsquo;il soit pr&eacute;vu que l&rsquo;essai &eacute;largisse ses crit&egrave;res d&rsquo;inclusion &agrave; certains enfants, ceux pesant moins de 20 kilogrammes restent exclus en raison de l&rsquo;absence de formulation p&eacute;diatrique adapt&eacute;e. Pour les plus jeunes enfants, l&rsquo;alternative actuelle consiste en un traitement intraveineux de dix jours. Cette approche est particuli&egrave;rement difficile &agrave; mettre en &oelig;uvre dans un contexte &eacute;pid&eacute;mique et peut s&rsquo;av&eacute;rer particuli&egrave;rement contraignante pour les jeunes patients et leurs accompagnants. </p><p style=\"text-align: justify\">Pour en savoir plus : <a href=\"https://www.thelancet.com/journals/lanchi/article/PIIS2352-4642(26)00238-5/fulltext\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><u>An urgent opportunity to ensure children&#039;s access to oral post-exposure prophylaxis trials for Bundibugyo virus disease - The Lancet Child &amp; Adolescent Health</u></a> </p><p style=\"text-align: justify\"><em><strong>Vaccination</strong></em><em> </em></p><p style=\"text-align: justify\">Alors que les r&eacute;sultats des essais en cours &eacute;valuant des vaccins sp&eacute;cifiquement con&ccedil;us contre le virus Bundibugyo ne sont pas attendus avant plusieurs mois, le vaccin ERVEBO&reg; constitue une option imm&eacute;diatement disponible. Son profil de s&eacute;curit&eacute; est bien &eacute;tabli, son utilisation est autoris&eacute;e chez les enfants &acirc;g&eacute;s d&rsquo;un an et plus, et les autorit&eacute;s sanitaires de la RDC disposent d&rsquo;une vaste exp&eacute;rience de son d&eacute;ploiement dans les contextes &eacute;pid&eacute;miques. </p><p style=\"text-align: justify\">Des donn&eacute;es &eacute;mergentes sugg&egrave;rent &eacute;galement que ce vaccin pourrait offrir une certaine protection contre le virus Bundibugyo, m&ecirc;me si l&rsquo;ampleur de cette protection reste &agrave; pr&eacute;ciser. Dans ce contexte, la vaccination des enfants les plus expos&eacute;s au risque d&rsquo;infection pourrait contribuer &agrave; pr&eacute;venir les formes graves de la maladie et &agrave; sauver des vies.</p><p>&nbsp;</p><h3 id=\"ebola-en-rdc-les-enfants-paient-le-prix-des-lacunes-dans-la-reponse-a-lepidemie\" ><strong>Ebola en RDC : &laquo; Les enfants paient le prix des lacunes dans la r&eacute;ponse &agrave; l&rsquo;&eacute;pid&eacute;mie &raquo;</strong> </h3><p style=\"text-align: justify\"><strong>Depuis la d&eacute;claration de l&rsquo;&eacute;pid&eacute;mie d&rsquo;Ebola dans le nord-est de la R&eacute;publique d&eacute;mocratique du Congo (RDC), le 15 mai 2026, plus de 4 000 personnes sont mortes de la maladie, sur plus de 9 000 cas confirm&eacute;s. Les &eacute;quipes de MSF interviennent dans les zones touch&eacute;es en Ituri, au Nord-Kivu et au Haut-U&eacute;l&eacute;, avec huit centres de traitement Ebola. La Dre Rupa Narra, p&eacute;diatre qui participe &agrave; des missions avec MSF depuis plus de quinze ans, a pass&eacute; six semaines &agrave; Butembo, dans le Nord-Kivu. Alors que l&rsquo;&eacute;pid&eacute;mie continue de se propager, elle s&rsquo;inqui&egrave;te du nombre d&rsquo;enfants touch&eacute;s et des mesures mises en place pour les prot&eacute;ger.</strong> </p><p style=\"text-align: justify\">Je suis arriv&eacute;e &agrave; Butembo, une ville du Nord-Kivu, &agrave; la mi-ao&ucirc;t 2026, pour une mission de pr&egrave;s de six semaines en tant que p&eacute;diatre pour MSF. C&rsquo;&eacute;tait ma vingt-quatri&egrave;me mission avec l&rsquo;association En 2014, j&rsquo;avais travaill&eacute; comme &eacute;pid&eacute;miologiste pour une autre organisation &agrave; Gu&eacute;ck&eacute;dou, en Guin&eacute;e, &agrave; l&rsquo;&eacute;picentre de l&rsquo;&eacute;pid&eacute;mie d&rsquo;Ebola qui avait frapp&eacute; l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest. </p><p style=\"text-align: justify\">Jusqu&rsquo;&agrave; cette ann&eacute;e, je n&rsquo;avais jamais particip&eacute; &agrave; la prise en charge p&eacute;diatrique d&rsquo;enfants atteints d&rsquo;Ebola dans un centre de traitement. Surtout, je n&rsquo;avais jamais &eacute;t&eacute; confront&eacute;e &agrave; une mortalit&eacute; infantile aussi &eacute;lev&eacute;e. Cela a &eacute;t&eacute; la mission la plus difficile de toute ma carri&egrave;re. </p><p style=\"text-align: justify\">Au centre de traitement de Kitatumba, &agrave; Butembo, g&eacute;r&eacute; par le minist&egrave;re de la Sant&eacute; avec le soutien de MSF, une trentaine d&rsquo;enfants ont &eacute;t&eacute; admis au cours de l&rsquo;&eacute;t&eacute;. Vingt-quatre d&rsquo;entre eux sont d&eacute;c&eacute;d&eacute;s. Leur &acirc;ge moyen &eacute;tait de dix-sept mois, et parmi eux figuraient plusieurs nouveau-n&eacute;s. J&rsquo;ai particip&eacute; &agrave; la prise en charge de trois enfants de sept ans et d&rsquo;un enfant de six ans. Tous les autres avaient moins de cinq ans. </p><p style=\"text-align: justify\">Une question ne m&rsquo;a pas quitt&eacute;e depuis cette mission : les enfants paient-ils le prix des lacunes de la r&eacute;ponse de cette &eacute;pid&eacute;mie d&rsquo;Ebola ? </p><p style=\"text-align: justify\">Une fois arriv&eacute;s dans notre structure, ces enfants se retrouvaient seuls. &Agrave; Butembo, les protocoles du minist&egrave;re de la Sant&eacute; s&rsquo;appliquent, et c&rsquo;est le minist&egrave;re qui d&eacute;termine ce qui se passe &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur du centre de traitement. Lorsqu&rsquo;un patient est test&eacute; positif, il est g&eacute;n&eacute;ralement d&eacute;conseill&eacute; aux membres de sa famille qui ne pr&eacute;sentent pas de sympt&ocirc;mes de l&rsquo;accompagner, afin d&rsquo;&eacute;viter d&rsquo;exposer toute une famille, parfois compos&eacute;e de six ou sept enfants, d&rsquo;un conjoint ou de grands-parents. Je comprends cette d&eacute;cision et je n&rsquo;avais pas le pouvoir de la modifier. Mais concr&egrave;tement, cela signifiait laisser un b&eacute;b&eacute; de quinze mois ou un enfant de deux ans et demi seul dans une chambre pendant de longues p&eacute;riodes. C&rsquo;est presque impossible &agrave; comprendre et &agrave; accepter. </p><p style=\"text-align: justify\">Je me souviens d&rsquo;une phrase que j&rsquo;ai entendue &agrave; maintes reprises pendant cette mission : &laquo; Ces enfants arrivent tr&egrave;s tard, leurs parents auraient d&ucirc; les amener plus t&ocirc;t. &raquo; Pourtant, ces enfants avaient d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; hospitalis&eacute;s dans plusieurs structures de sant&eacute; au cours des jours ou des semaines pr&eacute;c&eacute;dant leur admission au centre de traitement Ebola. </p><p style=\"text-align: justify\">J&rsquo;ai examin&eacute; les dossiers d&rsquo;investigation des enfants qui avaient &eacute;t&eacute; pris en charge au centre avant mon arriv&eacute;e, ainsi que ceux des enfants dont je m&rsquo;&eacute;tais moi-m&ecirc;me occup&eacute;e. Pour plus de 82 % des enfants de moins de cinq ans, aucun autre membre de la famille n&rsquo;&eacute;tait malade. Ni les parents, ni les grands-parents, ni les fr&egrave;res et s&oelig;urs plus &acirc;g&eacute;s qui allaient &agrave; l&rsquo;&eacute;cole. Il s&rsquo;agissait souvent de familles nombreuses, avec quatre, cinq ou six enfants. Seul le plus jeune avait contract&eacute; Ebola. </p><p style=\"text-align: justify\">Certains coll&egrave;gues ont avanc&eacute; une explication possible &agrave; ces cas isol&eacute;s au sein d&rsquo;une m&ecirc;me famille : peut-&ecirc;tre que les parents avaient &eacute;t&eacute; vaccin&eacute;s lors d&rsquo;une pr&eacute;c&eacute;dente &eacute;pid&eacute;mie en 2018 et avaient conserv&eacute; leur immunit&eacute; depuis. Mais alors, pourquoi les fr&egrave;res et s&oelig;urs plus &acirc;g&eacute;s n&rsquo;avaient-ils pas &eacute;t&eacute; infect&eacute;s non plus ? </p><p style=\"text-align: justify\">Le seul point commun que j&rsquo;ai trouv&eacute; &eacute;tait que tous ces enfants avaient &eacute;t&eacute; admis dans deux ou trois structures de sant&eacute;, parfois davantage, avant d&rsquo;arriver dans notre centre. Par exemple, d&rsquo;abord dans un poste de sant&eacute;, puis dans une clinique, puis dans un h&ocirc;pital. Ils &eacute;taient g&eacute;n&eacute;ralement trait&eacute;s pour ce qui semblait &ecirc;tre un paludisme, une pneumonie, une diarrh&eacute;e ou des vomissements, des affections courantes chez les nourrissons ou dans cette r&eacute;gion. </p><p style=\"text-align: justify\">Dans le m&ecirc;me temps, nous recevions des soignants infect&eacute;s par Ebola qui provenaient pr&eacute;cis&eacute;ment de ces m&ecirc;mes &eacute;tablissements. Je sais que beaucoup de ces structures ne disposent pas toujours de gants, ni m&ecirc;me d&rsquo;eau et de savon pour permettre au personnel de se laver les mains entre deux consultations. </p><p style=\"text-align: justify\">Bien s&ucirc;r, il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une &eacute;tude scientifique. Je n&rsquo;ai travaill&eacute; que dans un seul centre de traitement Ebola, celui de Kitatumba &agrave; Butembo, et je ne parle que des enfants qui sont arriv&eacute;s jusqu&rsquo;&agrave; nous. La transmission communautaire est importante et doit &ecirc;tre combattue, car c&rsquo;est ainsi que l&rsquo;on brise les cha&icirc;nes de transmission. De nombreux enfants meurent probablement chez eux, aux c&ocirc;t&eacute;s de proches malades. Mais pour les enfants que j&rsquo;ai soign&eacute;s, aucune autre explication ne me semblait plausible. Je pense qu&rsquo;ils ont &eacute;t&eacute; infect&eacute;s dans des structures de sant&eacute;, tout comme les soignants qui y travaillent. </p><p style=\"text-align: justify\">Tant que les structures de sant&eacute;, &agrave; tous les niveaux, ne disposent pas de mesures de pr&eacute;vention et de contr&ocirc;le des infections plus efficaces, tant pour les patients que pour le personnel, Ebola continuera de s&rsquo;y propager. </p><p style=\"text-align: justify\">On nous conseillait parfois de confier les enfants &agrave; des patients adultes, mais la plupart des adultes &eacute;taient trop malades pour parvenir &agrave; s&rsquo;asseoir ou &agrave; boire sans aide, et ne pouvaient donc pas s&rsquo;occuper d&rsquo;un jeune enfant plein d&rsquo;&eacute;nergie. Une seule survivante, une femme d&rsquo;une trentaine d&rsquo;ann&eacute;es qui n&rsquo;avait aucun lien avec les enfants ni avec leurs familles, a accept&eacute; d&rsquo;entrer dans le service. Elle s&rsquo;est occup&eacute;e d&rsquo;un nouveau-n&eacute; pendant deux semaines, puis d&rsquo;un enfant de quinze mois pendant quatre jours avant de partir. </p><p style=\"text-align: justify\">Pour le virus Ebola Za&iuml;re, qui a touch&eacute; la RDC entre 2018 et 2020, nous disposions de nombreuses donn&eacute;es concernant les survivants. En revanche, avec le virus Ebola Bundibugyo, nous ne savons pas si une personne gu&eacute;rie peut tomber malade lorsqu&rsquo;elle est de nouveau fortement expos&eacute;e au virus. L&rsquo;&eacute;quipe a expliqu&eacute; en toute transparence cette incertitude &agrave; la survivante qui avait accept&eacute; de s&rsquo;occuper des enfants. </p><p style=\"text-align: justify\">Il &eacute;tait extr&ecirc;mement difficile de rester aupr&egrave;s des enfants, car, pour des raisons de s&eacute;curit&eacute;, les soignants ne peuvent pas porter leur &eacute;quipement de protection pendant plus d&rsquo;une heure d&rsquo;affil&eacute;e. Il m&rsquo;arrivait de devoir attendre une heure avant de pouvoir entrer dans le centre, puis de passer encore trente &agrave; quarante-cinq minutes &agrave; retirer mon &eacute;quipement de protection, car il n&rsquo;existait qu&#039;une seule zone pr&eacute;vue &agrave; cet effet. </p><p style=\"text-align: justify\">Pendant mes deux derni&egrave;res semaines, le centre de traitement fonctionnait &agrave; pr&egrave;s de 100 % de sa capacit&eacute;. Pour qu&rsquo;une personne puisse rester en permanence aupr&egrave;s des enfants, il nous aurait fallu au moins vingt-quatre membres du personnel par jour capables d&rsquo;entrer dans la zone &agrave; haut risque. </p><p style=\"text-align: justify\">Beaucoup d&rsquo;enfants sont morts seuls. C&rsquo;est pourquoi il est essentiel de prendre en compte leurs besoins dans les prochaines &eacute;tapes de la r&eacute;ponse, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse du d&eacute;veloppement de traitements, des essais cliniques ou de toute autre initiative concernant les enfants. Trop souvent, les enfants et les femmes enceintes sont exclus des essais vaccinaux. Comme beaucoup d&rsquo;autres, je les appelle les &laquo; orphelins th&eacute;rapeutiques &raquo;. </p><p style=\"text-align: justify\">Tout au long de ma carri&egrave;re avec MSF, les soins palliatifs ont toujours &eacute;t&eacute; l&rsquo;une de mes priorit&eacute;s. &Agrave; Butembo, pourtant, il &eacute;tait presque impossible d&rsquo;en dispenser. </p><p style=\"text-align: justify\">Des centres de sant&eacute; ont &eacute;t&eacute; incendi&eacute;s dans d&rsquo;autres villes, et on m&rsquo;a expliqu&eacute; que cela se produisait souvent apr&egrave;s le d&eacute;c&egrave;s d&rsquo;enfants. Des rumeurs circulaient selon lesquelles les soignants &eacute;taient pay&eacute;s pour tuer les patients. Certains coll&egrave;gues ont m&ecirc;me demand&eacute; que leur nom soit retir&eacute; de leur combinaison de protection. &Agrave; la place, on y inscrivait des mentions comme &laquo; Infirmier 1 &raquo;, &laquo; Infirmier 2 &raquo; ou &laquo; M&eacute;decin 1 &raquo;, car ils craignaient des repr&eacute;sailles. </p><p style=\"text-align: justify\">Dans un tel climat, dire &agrave; des parents qui ont d&eacute;j&agrave; du mal &agrave; croire &agrave; l&rsquo;existence d&rsquo;Ebola : &laquo; Nous allons soulager les souffrances de votre enfant &raquo; peut donner l&rsquo;impression que nous renon&ccedil;ons &agrave; le soigner. Dans bien des cas, je n&rsquo;abordais m&ecirc;me pas le sujet. Lorsque c&rsquo;&eacute;tait possible, je me contentais de dire : &laquo; Je dois vous pr&eacute;parer &agrave; ce qui risque de se passer, et j&rsquo;en suis profond&eacute;ment d&eacute;sol&eacute;e, mais il est peu probable que votre enfant survive &agrave; cette nuit. Appelez autant de proches que possible. &raquo;</p><div class=\"release-content-contact\" id=\"contact-7146706e-9ade-4d2e-8dfb-e506a146710d\">\n    \n    <div class=\"release-content-contact__details\">\n        <strong class=\"release-content-contact__name\">Pascale Antonie</strong>\n        <em class=\"release-content-contact__description\">Media Relations Officer, M&eacute;decins Sans Fronti&egrave;res (MSF)</em>\n        <ul class=\"release-content-contact__details-list\"><li class=\"release-content-contact__details-list-item\"><a href=\"mailto:pascale.antonie@geneva.msf.org\"  class=\"release-content-contact__details-list-item-link\" title=\"pascale.antonie@geneva.msf.org\"><svg class=\"icon icon-paper-plane release-content-contact__details-list-item-icon\">\n                <use xlink:href=\"#icon-paper-plane\"></use>\n            </svg>pascale.antonie@geneva.msf.org</a></li>\n<li class=\"release-content-contact__details-list-item\"><a href=\"tel:+41 22 849 93 77\"  class=\"release-content-contact__details-list-item-link\" title=\"+41 22 849 93 77\"><svg class=\"icon icon-phone release-content-contact__details-list-item-icon\">\n                <use xlink:href=\"#icon-phone\"></use>\n            </svg>+41 22 849 93 77</a></li>\n<li class=\"release-content-contact__details-list-item\"><a href=\"https://www.msf.ch\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" class=\"release-content-contact__details-list-item-link\" title=\"msf.ch\"><svg class=\"icon icon-browser release-content-contact__details-list-item-icon\">\n                <use xlink:href=\"#icon-browser\"></use>\n            </svg>msf.ch</a></li></ul>\n    </div>\n</div><p>&nbsp;</p>",
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