CE N'EST PAS MSF QUI DEVRAIT QUITTER NAURU, CE SONT LES RÉFUGIÉS!

CE N'EST PAS MSF QUI DEVRAIT QUITTER NAURU, CE SONT LES RÉFUGIÉS!

Vendredi 12 octobre 2018 — Nauru/Sydney: Médecins Sans Frontières/Doctors Without Borders (MSF) condamne fermement la décision soudaine du gouvernement de Nauru de mettre fin aux activités de soins de santé mentale de MSF s’adressant aux demandeurs d'asile, aux réfugiés et à la communauté locale de cette île située au large des côtes australiennes. L'organisation médicale humanitaire internationale décrit la situation psychologique des réfugiés sur l'île comme étant « au-delà du désespoir » et appelle à l'évacuation immédiate de l’ensemble des demandeurs d'asile et des réfugiés de l'île, et à la fin de la politique australienne de détention en dehors de son propre territoire.

« Il est absolument honteux de prétendre que ce soutien fourni par MSF n’est plus nécessaire. La situation psychologique des réfugiés détenus indéfiniment à Nauru est dévastatrice/désastreuse. Au cours des 11 derniers mois à Nauru, j'ai vu un nombre alarmant de tentatives de suicide et d’actes d'automutilation parmi les hommes, les femmes et les enfants que nous prenons en charge, témoigne le Dr Beth O'Connor, psychiatre pour MSF. Nous avons été particulièrement choqués par tous ces enfants souffrant de syndrome de sevrage traumatique, dont l'état s'est détérioré au point d’être incapables de manger, de boire ou même de faire quelques pas pour atteindre les sanitaires. »

Comme le confirme l'analyse médicale de MSF, les patients réfugiés à Nauru vivent dans un cercle vicieux de désespoir profond qui les conduit jusqu’à perdre l’envie même de vivre.  Parmi eux, au moins 78 patients vus par MSF présentaient des pulsions suicidaires et/ou s'automutilaient ou avaient déjà tenté de mettre fin à leurs jours. Des enfants d'à peine neuf ans rapportaient au personnel de MSF qu'ils préféraient mourir plutôt que de vivre dans le désespoir de Nauru. Parmi les patients les plus gravement malades figurent ceux qui ont été séparés de leur famille du fait de la politique migratoire appliquée par l'Australie.

Depuis 11 mois, les psychologues et les psychiatres de MSF se mobilisent pour venir en aide à des dizaines de patients. Néanmoins, aucune solution médicale ne peut être considérée comme définitive pour les personnes détenues indéfiniment à Nauru. « Nos patients décrivent souvent leur situation comme pire que la prison. Ils nous disent qu’en prison, au moins, ils auraient une date de sortie, poursuit le Dr O'Connor. En tant que psychiatre, je ne vois pas de solution thérapeutique pour ces patients tant qu'ils resteront piégés sur l'île. Je crains que l’arrêt des soins psychiatriques et psychologiques de MSF de Nauru ne fasse davantage de victimes. »

Bien que de nombreux réfugiés de Nauru ont subi des traumatismes dans leur pays d'origine ou au cours de leur voyage, la politique du gouvernement australien met clairement à l’épreuve leur capacité de résilience en anéantissant tout espoir de vie meilleure.

« Séparer des familles et utiliser la force pour emprisonner indéfiniment des hommes, des femmes et des enfants sur une île isolée, sans espoir ni protection (sauf en cas d’urgence vitale), est cruel, inhumain et dégradant.    se désole Paul McPhun, directeur général de MSF Australie. Le gouvernement australien décrit la détention en mer comme une politique humanitaire. Mais nous constatons qu’il n'y a rien d'humanitaire à sortir les gens de la mer pour les enfermer à ciel ouvert sur l’île de Nauru. Ce ne sont pas les psychiatres et des psychologues de MSF qui devraient quitter Nauru, ce sont les centaines de demandeurs d'asile et de réfugiés que l'Australie retient prisonniers sur l'île depuis des cinq dernières années et qui devraient en partir."

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MSF a débuté des activités de soutien psychologiques et psychiatrique en République de Nauru en novembre 2017, afin de venir en aide aux réfugiés, aux demandeurs d'asile et à la population locale. Ces services ont été suspendus le 5 octobre 2018 lorsque le gouvernement de Nauru a informé MSF que les services n'étaient « plus nécessaires » et a demandé que MSF mette fin à ses activités dans les 24 heures.

La grande majorité des 900 demandeurs d'asile et des réfugiés de Nauru, dont 115 enfants, se trouvent sur l'île depuis plus de cinq ans, sans information sur les démarches à entamer  ni perspective de réinstallation sur le long terme.

Etienne Lhermitte Media Officer at Médecins Sans Frontières/Ärzte ohne Grenzen (MSF)