« Cessez de considérer le rapatriement des Rohingyas comme une solution alors que les conditions sont manifestement dangereuses», Dr Javid Abdelmoneim, président international de MSF

Chers/chères journalistes,

Vous trouverez ici un lien vers une vidéo préenregistrée (anglais/16:9/clean) du président international de Médecins Sans Frontières (MSF), le Dr Javid Abdelmoneim. Traduction française ci-dessous: https://media.msf.org/Share/08h865r6tq0ds46g4esgw553v0ld5i17

Le 30 septembre 2025, les Nations unies ont organisé à New York une conférence de haut niveau sur la situation des musulmans rohingyas et des autres minorités au Myanmar. L’objectif des participants était de proposer « un plan global, innovant et concret pour une résolution durable de la crise, y compris des efforts visant à créer un environnement propice au retour volontaire, sûr, durable et digne des Rohingyas » dans l’État de Rakhine, au Myanmar.

Un an plus tard, la situation de plus d’un million de réfugiés rohingyas vivant dans l’incertitude dans les camps de Cox’s Bazar, au Bangladesh, ainsi que de celles et ceux restés dans l’État de Rakhine, ravagé par le conflit, demeure dramatique et continue de se détériorer dans l’indifférence générale.

Les civils dans l’État de Rakhine, ainsi que dans plusieurs autres régions du Myanmar, font face à une violence extrême. Le système de santé du Myanmar continue d’être déchiré par les violences en cours : les médicaments et les fournitures médicales sont souvent épuisés, ne parviennent pas jusqu’aux structures de soins en raison du conflit, ou sont bloqués purement et simplement, ce qui perturbe gravement l’accès aux soins.

Malgré ces conditions périlleuses, les pressions régionales et les initiatives dangereuses visant à renvoyer les réfugiés vers le Myanmar se poursuivent, alors même que les conditions ne sont pas encore suffisamment sûres pour cela. À noter que la Malaisie prévoit de renvoyer près de 1 500 réfugiés vers le Myanmar, y compris des Rohingyas, aux alentours du 29 septembre 2026.

Voici ce que déclare le président international de MSF, le Dr Javid Abdelmoneim :

« Un an après la conférence, les communautés rohingyas ont vu trop peu d’actions et trop peu de responsabilités assumées. Lors de cette conférence, les paroles étaient fortes, mais pour les personnes concernées, elles n’ont pas débouché sur des changements.

Mon message aux dirigeants du monde est le suivant : cessez de considérer le rapatriement comme une solution alors que les conditions sont manifestement dangereuses. Le Myanmar reste un lieu de violence extrême. Les civils y subissent des bombardements aériens, des massacres, des recrutements forcés et une privation extrême. Les soins de santé, l’approvisionnement alimentaire, l’éducation et les moyens de subsistance sont tous gravement perturbés par le conflit et l’insécurité.

Les activités de MSF, comme celles d’autres organisations, se sont considérablement réduites en raison de l’insécurité. Il ne s’agit pas seulement de notre capacité à protéger nos patients et notre personnel des bombes et des bombardements, mais aussi de la bureaucratie incessante à laquelle nous sommes confrontés pour obtenir les autorisations nécessaires afin d’intervenir, alors même que les besoins ne cessent d’augmenter.

Et pourtant, nous continuons de voir des initiatives dangereuses en faveur des retours. En Malaisie, près de 1 500 réfugiés du Myanmar risquent d’être renvoyés dans le cadre d’un programme de rapatriement annoncé pour la fin du mois de septembre. C’est extrêmement alarmant. Soyons clairs : le retour n’est ni sûr ni viable à l’heure actuelle. Les Rohingyas eux-mêmes le disent. Lors de notre enquête l’an dernier, 84 % des patients rohingyas interrogés au Bangladesh ont déclaré qu’ils ne se sentiraient pas en sécurité s’ils retournaient au Myanmar. Ce qu’il faut maintenant, c’est une action concrète.

Les retours forcés ou prématurés doivent cesser. Tout retour doit être véritablement volontaire, sûr et digne. Les pays d’accueil doivent protéger les réfugiés et évaluer correctement leurs besoins de protection. Cela signifie identifier si des personnes risquent d’être persécutées si elles sont renvoyées dans leur pays d’origine et respecter le principe de non-refoulement.

L’accès humanitaire [au Myanmar] doit être élargi, l’aide doit être maintenue, et il doit y avoir une véritable reddition de comptes pour les violences que continuent de subir les Rohingyas, ainsi que toutes les autres communautés affectées par le conflit au Myanmar. »

Pascale Antonie

Media Relations Officer, Médecins Sans Frontières (MSF)

 

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