Déclaration de Médecins sans Frontières à l'occasion de conférence des donateurs pour la crise humanitaire au Yémen à Genève, le 25 avril 2017

Mardi 25 avril 2017 — Au Yémen, les équipes médicales de Médecins Sans Frontières / Doctors Without Borders (MSF) témoignent quotidiennement de la réalité de la crise humanitaire à laquelle est confrontée la population. Plus de deux après l’intensification du conflit armé, des milliers de personnes ont été blessées, mutilées et tuées et nos équipes ont traité plus de 60 800 patients, victimes de blessures de guerre ou liées à des violences. Nos patients sont bombardés lorsqu’ils préparent leur déjeuner, blessés par des frappes aériennes alors qu’ils cultivent leurs champs, mutilés par des mines pendant qu’ils mènent le bétail au pâturage ou visés par des tireurs d’élite lorsqu’ils marchent dans la rue.

Des millions de personnes sont dans une situation critique et ont un besoin vital d’aide afin de survivre dans un pays où l’économie s’est en grande partie effondrée et où les services de base peinent à fonctionner. Nombre de patients que nous traitons ainsi que les familles de notre personnel médical ont perdu leurs sources de revenu et sont confrontés aux maladies, à la hausse des prix et à la pénurie de produits de base comme la nourriture, le carburant et l’électricité. Les fonctionnaires, y compris le personnel médical, n’ont reçu aucun salaire depuis des mois. L’eau potable, l’assainissement de base et les produits d’hygiène de première nécessité sont souvent indisponibles. De nombreuses familles ont dû quitter leur foyer en raison des violences et une grande partie d’entre elles vivent désormais dans des endroits surpeuplés et dangereux.

Face à des besoins médicaux en constante augmentation, nous avons augmenté notre volume d’activité, pour un budget de 70 millions de dollars l’an passé. Aujourd’hui, MSF emploie plus de 1600 personnes qui travaillent dans 12 hôpitaux et 18 centres de santé à travers le pays, preuve qu’il est possible de fournir une aide humanitaire directe de manière efficace.

L’aide humanitaire doit être accrue de manière urgente. Les bailleurs doivent débloquer leurs fonds et prioriser les interventions visant à sauver des vies. Dans un contexte aussi délicat et changeant, ils doivent faire preuve de plus de flexibilité qu’à l’accoutumée quant aux conditions régissant leurs fonds. Les Nations Unies doivent mettre en application les règles concernant la déclaration de situation d’urgence de niveau 3 et il est essentiel que des profils rompus aux urgences et aux contextes complexes soient déployés afin d’assurer un soutien efficace aux agences ainsi qu’aux ONG.

Afin d’éviter un effondrement complet d’un système de santé, ce dernier doit être renforcé. Dans les 11 gouvernorats où nous travaillons, nous observons dans quelles mesures la pénurie de centres de santé, de soins spécialisés, d’équipement, de personnel médical et de médicaments, compromettent gravement la capacité des patients à accéder à des soins d’urgence. Les blessés et les patients souffrant de maladies chroniques sont victimes de morts évitables, alors que les groupes les plus vulnérables – les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées – présentent des risques accrus de maladie. Le paiement des salaires des fonctionnaires, et tout particulièrement du personnel médical, est primordial afin d’empêcher l’effondrement du système de santé et de permettre aux ménages qui comptent sur ces revenus de ne pas basculer dans la misère.

Toutefois, l’augmentation du financement de l’aide humanitaire ne peut à lui seul changer l’impact du conflit sur la population civile. Alors que les pays donateurs se réunissent aujourd’hui pour s’engager sur leur soutien financier, ils doivent également accroitre leurs efforts diplomatiques afin de limiter l’impact destructeur de la guerre sur les hommes, les femmes et les enfants qui la subissent.

Il est essentiel de faciliter l’accès des organisations humanitaires aux personnes les plus démunies. Les ports et les aéroports doivent être rouverts et l’accès du personnel international doit être simplifié.  L’obstruction délibérée de l’aide humanitaire, les restrictions qui frappent les importations, les délais aux douanes, la confiscation de biens vitaux et les difficultés concernant l’obtention de visas et de laissez-passer à l’intérieur du pays, doivent cesser. Les produits de première nécessité, notamment les médicaments et la nourriture, doivent être autorisés à rentrer dans le pays et à être transportés là où ils sont le plus nécessaires.

Enfin, nous exhortons toutes les parties au conflit et leurs alliées à assurer que les civils et les infrastructures civiles, y compris les installations médicales et leur personnel, bénéficient de la protection qui leur est dû en vertu du droit international humanitaire. Les hôpitaux ont été frappés à plusieurs reprises par des bombardements, des missiles, des frappes aériennes et des tirs, notamment quatre structures MSF dans des attaques qui ont causé la mort de 26 de nos patients et collègues. Des ambulances ont été la cible de tirs, confisquées, et leur accès forcé par des hommes en armes.  Le personnel médical a été pris pour cible en se rendant au travail, harcelé, détenu, intimidé et contraint de travail sous la menace d’une arme. Tous les parties au conflit tuent des civils et entravent délibérément l’accès au soin de ceux qui en ont besoin. Aujourd’hui, nous réaffirmons notre appel aux belligérants afin que les civils et le personnel médical soient protégés et que les blessés et les malades puissent accéder aux soins médicaux.

Crédits Photos: Florian Seriex/ MSF

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