MSF demande urgemment le débarquement immédiat des 629 personnes à bord de l'Aquarius vers le port sûr le plus proche.

MSF demande urgemment le débarquement immédiat des 629 personnes à bord de l'Aquarius vers le port sûr le plus proche.

Mardi 12 juin 2018 —  

Médecins Sans Frontières (MSF) exhorte les Etats membres de l'Union européenne (UE) à faciliter le débarquement immédiat de 629 personnes secourues ce week-end en Méditerranée. Elles sont désormais à bord de l'Aquarius, navire de recherche et de sauvetage affrété par SOS MEDITERRANEE en partenariat avec MSF. L'Aquarius reste dans les eaux internationales au large de Malte et de l'Italie, les pays où se trouvent les ports sûrs les plus proches mais qui continuent de lui refuser la permission d'accoster.

MSF salue le geste d'humanité de l’Espagne de proposer un débarquement à Valence. Cependant, cela signifierait pour les personnes sauvées en mer et déjà épuisées, de devoir endurer quatre jours supplémentaires dans des conditions météorologiques se détériorant, sur le pont d'un bateau surpeuplé, et dont la capacité maximale est déjà largement dépassée. La meilleure option serait de pouvoir débarquer les personnes secourues dans le port le plus proche, après quoi celles-ci pourraient être transférées en Espagne ou vers d'autres pays sûrs afin d'y recevoir davantage de soins et entamer des procédures légales. 

« Le débarquement ne peut être retardé davantage déclare le Dr David Beversluis, médecin de MSF à bord de l'Aquarius. La priorité doit être de débarquer au plus vite les 629 personnes – dont 123 mineurs non accompagnés, 11 enfants et 6 femmes enceintes –dans le port sûr le plus proche. La situation médicale à bord reste calme pour le moment, mais les gens sont épuisés et extrêmement stressés. »

MSF s'inquiète particulièrement de plusieurs cas critiques de noyade et d'hypothermie dont certains ont été réanimés. Ces patients sont surveillés de près à bord car ils pourraient rapidement développer des problèmes pulmonaires importants après avoir aspiré de l'eau de mer. De nombreuses personnes secourues ont inhalé del'eau de mer et sont à risque de développer une maladie pulmonaire ou une pneumonie dans prochains jours. 21 patients ont par ailleurs subi de graves brûlures après avoir été exposés à un mélange toxique d'eau de mer et de carburant pendant une période prolongée. Leur état est stable, mais ils auront besoin de soins en continu et de renouvellement de leurs pansements au cours des jours et des semaines à venir. Enfin, plusieurs cas graves de traumatisme sont à signaler, dont certains sont associés à des infections nosocomiales qui nécessitent une évaluation et une prise en charge chirurgicales immédiates que MSF n'est pas en mesure de réaliser sur le navire.

Une fois que les personnes secourues en mer auront été débarquées dans un port sûr, la prochaine priorité pour les gouvernements et les institutions de l'UE sera d'intensifier et de trouver des solutions communes afin de soutenir les pays en première ligne, comme l'Italie, faisant face aux flux des arrivées par la mer de réfugiés, demandeurs d'asile et migrants.

« Refuser le débarquement aux personnes désespérées et recueillies en mer ne peut pas être considéré comme une victoire : c'est une mauvaise réponse face au déni de responsabilité et de partage des charges entre les Etats membres, explique Aloys Vimard, coordinateur de projet de MSF à bord de l'Aquarius. Tous les gouvernements et institutions de l'UE doivent renforcer leur soutien aux pays comme l'Italie exposés en premier aux arrivées par la mer,  afin de garantir des solutions communes et de mettre fin au silence et à l'inadmissible inaction des Etats membres de l'UE.

Plus d'informations sur les opérations de sauvetage et les transferts effectués en mer au cours du week-end du 9-10 juin 2018

Les 629 personnes actuellement à bord de l'Aquarius ont été secourues pendant la nuit du samedi au dimanche, alors que l'Aquarius avait effectué six opérations de sauvetage et de transfert en l'espace de neuf heures - le tout sous la direction de la Coordination italienne du sauvetage maritime (MRCC). Le sauvetage de deux pneumatiques est devenu critique lorsque l'un des bateaux a coulé dans l'obscurité, laissant plus de 40 personnes dans l'eau. Après le secours de 229 personnes de ces bateaux, l'IMRCC a demandé à l'Aquarius d'accepter un transfert de personnes secourues par des navires de la marine italienne et des garde-côtes le 9 juin. L'Aquarius a reçu un transfert de 129 personnes d'un navire de la garde côtière italienne (CP 312), suivi de 64 autres d'un second navire de la garde côtière italienne (CP 319) et enfin de 88 survivants d'un troisième navire de la garde côtière italienne (CP 267). Le navire San Giusto a ensuite assisté les équipes de l'Aquarius pour un transfert final : 119 naufragés ont été transférés du navire marchand italien MV Jolly Vanadio vers l'Aquarius. Le MRCC a coordonné toutes ces actions dès le début et a pris la responsabilité du sauvetage de toutes ces personnes. Cependant, malgré le transfert des personnes sauvées des navires de la marine et des garde-côtes italiens sur l'Aquarius, le MRCC italien refuse maintenant de prendre la responsabilité de conduire les personnes secourues vers un port sûr.

Crédits Photo: Kenny Karpov/ SOS Mediterranée