MSF: Il faut mettre fin à la détention arbitraire des réfugiés et des migrants débarqués en Libye

MSF: Il faut mettre fin à la détention arbitraire des réfugiés et des migrants débarqués en Libye

Mercredi 25 juillet 2018 — L’organisation médicale internationale Médecins Sans Frontières appelle à ce que cesse la détention arbitraire des réfugiés, demandeurs d’asile et migrants en Libye alors qu’ils sont de plus en nombreux à être interceptées en mer Méditerranée par les garde-côtes libyens, qui reçoivent le soutien de l’Union Européenne, et débarqués dans les ports libyens. Au moins 11 800 personnes ont été ramenées en Libye alors qu’elles tentaient la traversée de la Méditerranée dans des embarcations souvent hors d’état de naviguer d’après les agences des Nations-unies. Les interceptions dans les eaux internationales entre l’Italie, Malte et la Libye se déroulent presque quotidiennement, et une fois débarqués, la majorité des rescapés sont transférés dans les centres de détention dits « officiels » situés au long des côtes libyennes.

« Des personnes qui viennent de vivre une expérience traumatisante, frôlant la mort en mer, ne devraient pas être envoyées dans un système de détention qui est arbitraire, dangereux, et les exploite » déclare Karline Kleijer, responsable des urgences à MSF. « Un grand nombre d’entre elles ont déjà enduré des niveaux de violence et d’exploitation extrêmes en Libye et durant leur parcours depuis leur pays d’origine. Il y a des victimes de violence sexuelle, de la traite des personnes, de torture et de maltraitances.  Les enfants, parfois isolés sans un membre de leur famille ou un tuteur pour les accompagner, les femmes enceintes ou allaitantes, les personnes âgées, ou les personnes avec des troubles mentaux ou de graves problèmes médicaux font partie des plus vulnérables ».

Aujourd’hui, aucun système d’enregistrement ne permet de suivre et de confirmer ce qu’il advient d’une personne une fois entrée dans un centre de détention. Les détenus n’ont pas la possibilité de contester la légalité de leur détention et ni du traitement subi. Les programmes d’évacuation, conduits par l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) et le Haut-Commissariat pour les Réfugiés (HCR) sous l’égide des Nations-Unies, ont été renforcés en fin d’année dernière pour permettre de sortir des réfugiés et migrants de leur détention arbitraire en Libye mais ne bénéficient qu’à une proportion limitée de la population totale des réfugiés et migrants qui se trouvent encore actuellement dans le pays.

La principale mesure a consisté à intensifier les retours dits « volontaires » de migrants en centres de détention vers leur pays d’origine. Environ 15,000 personnes ont ainsi été rapatriées depuis novembre 2017. C’est un développement positif lorsqu’il permet à des personnes prises au piège en Libye de rentrer chez elles lorsqu’elles le peuvent et souhaitent vraiment, mais la nature volontaire des évacuations vers le pays d’origine demeure par ailleurs questionnable dans la mesure où elles sont proposées à des personnes qui n’ont pas d’autre moyen officiel de sortir des centres de détention.  Le HCR a évacué un peu plus d’un millier de personnes parmi les réfugiés les plus vulnérables en détention, et la plupart ont été amenés au Niger, où ils sont toujours dans l’attente d’une réinstallation rapide dans un pays tiers.

En raison du renforcement des interceptions en mer par les garde-côtes libyens soutenus par l’UE, les équipes MSF sur le terrain à Misrata, Khoms et Tripoli constatent une forte hausse du nombre de réfugiés, demandeurs d’asile et migrants placés dans des centres de détention surpeuplés.  En l’espace d’une journée, MSF a récemment apporté une assistance médicale à 319 personnes interceptées en mer et amenées dans un centre de détention de Tripoli.  La majorité de ces rescapés ont été retenus captifs par des trafiquants durant plusieurs mois avant de tenter la traversée de la Méditerranée. Dans la région de Misrata et Khoms, MSF soigne des détenus souffrant de brûlures au second degré, de la gale, d’infections respiratoires et de déshydratation.  Directement amenés au centre de détention, certains rescapés n’avaient rien à se mettre sur le dos, après avoir perdu toutes leurs affaires et vêtements en mer. “A Khoms, il y a environ 300 personnes, y compris de très jeunes enfants, enfermées dans un centre de détention surchargé. Il n’y pas d’aération et dans la chaleur étouffante, les détenus manquent d’eau potable. Ils n’ont accès qu’à un mélange d’eau de mer et d’eaux usées », explique Anne Bury, coordinatrice médicale adjointe pour MSF. « La situation est intenable dans les centres de détention.  Il y a beaucoup de tensions, et les gens sont exposés à toutes sortes d’abus. Nous avons noté des blessures et des fractures. Ils sont dans une grande détresse. Des détenus auraient tentés de s’évader. Certains ont commencé une grève de la faim. »

La situation actuelle est le résultat des efforts des gouvernements européens pour empêcher à tout prix  les réfugiés, migrants et demandeurs d’asile d’atteindre l’Europe. Un élément essentiel de la stratégie européenne consiste à équiper, former et soutenir les garde-côtes libyens pour qu’ils interceptent les personnes en mer et les ramènent en Libye. Les navires non libyens ne peuvent en effet pas faire cela sous peine de se mettre dans l’illégalité car la Libye n’est pas considéré comme un lieu où les rescapés seront en sécurité.  Les personnes secourues dans les eaux internationales de la Méditerranée ne doivent en aucun cas être renvoyées en Libye, mais amenées dans un port sûr conformément au droit international et maritime.

 « C’est une stratégie qui est inacceptable. Cela ne peut pas être la solution pour empêcher de nouvelles arrivées en Europe » déclare Karline Kleijer. « Les réfugiés et migrants interceptés en mer ne doivent pas être ramenés en Libye pour y être détenus là-bas sur une base arbitraire ».  

Pour en savoir plus la détention arbitraire en Libye des réfugiés, migrants et demandeurs d’asile :

https://www.msf.fr/actualites/a-l-interieur-des-centres-de-detention-de-migrants-en-libye

 

Crédits photos: MSF