Profitant de l’importante décision de Johnson & Johnson d’abaisser le prix de son antituberculeux, les gouvernements doivent de toute urgence généraliser l’accès aux meilleurs traitements disponibles

120 707 personnes ont signé des pétitions appelant l’entreprise à une baisse tarifaire

Le laboratoire pharmaceutique Johnson & Johnson (J&J) a annoncé aujourd’hui une baisse du prix de la bédaquiline, un antituberculeux, à 1,50 USD* par jour. Cette importante décision devrait permettre à davantage de personnes atteintes de formes multirésistantes de tuberculose (TB-MR) d’accéder à ce médicament salvateur. La baisse de prix devra cependant se poursuivre et être étendue à d’autres pays, a déclaré aujourd’hui Médecins Sans Frontières (MSF). MSF réclame un prix plus abordable à J&J depuis la mise sur le marché du médicament, en 2012. L’an dernier, en collaboration avec des patients tuberculeux et la société civile, l’organisation a ainsi lancé une campagne internationale exhortant J&J à réduire le prix de plus de moitié dans les pays à faible revenu et certains pays à revenu intermédiaire, pour l’amener à 1 USD par jour. 120 707 personnes ont signé des pétitions appelant J&J à une baisse tarifaire.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande aux pays de faire de la bédaquiline orale la pierre angulaire du traitement de la TB-MR, en remplacement de produits plus anciens et toxiques qui requièrent une injection quotidienne en milieu hospitalier et peuvent causer des effets secondaires inacceptables, dont la surdité. La pandémie de COVID-19 a en outre poussé l’OMS à préconiser la prise en charge de la TB-MR à domicile pour des raisons de sécurité, ce qui renforce l’intérêt des traitements exclusivement oraux – et donc de la bédaquiline – par rapport aux agents injectables. Encore utilisé dans de nombreux pays, le traitement plus ancien de la TB-MR impose aux patients de prendre jusqu’à 14 000 comprimés sur près de deux ans et d’endurer jusqu’à huit mois d’injections journalières douloureuses.

« Dans un monde en proie à la pandémie de COVID-19, les personnes atteintes de TB-MR ont plus que jamais besoin d’un traitement abordable à base de bédaquiline », a déclaré la Dre Pilar Ustero, conseillère TB pour la Campagne d’accès de MSF. « Au-delà de la douleur et des effets secondaires graves qu’ils causent, les anciens médicaments injectables exigent que les patients se rendent quotidiennement dans un centre de santé, avec le risque d’infection par le COVID-19 que cela suppose. Les gouvernements doivent profiter de la baisse de prix pour généraliser de toute urgence l’emploi de la bédaquiline et en faire un pilier de traitements exclusivement oraux de la TB-MR. Les souffrances des malades n’ont déjà que trop duré. »

Pour les pays cherchant à diffuser l’emploi du médicament salvateur qu’est la bédaquiline, l’obstacle du prix fixé par J&J a toujours été d’autant plus critique qu’il ne s’agit que d’un des médicaments nécessaires au traitement de la TB-MR. MSF. D’autres organisations appellent depuis longtemps l’entreprise à abaisser le prix de son médicament, dont les coûts de recherche et développement ont été largement subventionnés par les contribuables des États-Unis et d’ailleurs, afin de le rendre plus accessible. Selon une étude menée par des chercheurs de l’université de Liverpool, un prix de vente de 0,25 USD par jour suffirait à rentabiliser la production de la bédaquiline.

Comme l’explique Sharonann Lynch, conseillère en chef VIH et TB pour la Campagne d’accès de MSF, « J&J n’a pas développé ce médicament seul. La bédaquiline n’aurait pas vu le jour sans le soutien considérable des contribuables et d’organismes sans but lucratif et philanthropiques. J&J a reçu des centaines de millions de dollars de fonds publics sous forme de subventions du gouvernement américain ou d’incitations financières, et des fournisseurs de traitements tels que MSF ont eux aussi apporté leur écot à la recherche. J&J n’a aucune raison valable d’imposer un prix de vente élevé, où que ce soit. »

Le nouveau prix représente une baisse de 32 % du tarif minimum, auquel ont accès les pays désignés par J&J qui prennent des engagements d’achat auprès du GDF (Global Drug Facility), un mécanisme du Stop TB Partnership fournissant des antituberculeux à des pays à revenu faible ou intermédiaire. Les États ne s’approvisionnant pas au travers du GDF restent contraints d’acquitter le prix fort demandé par J&J ou son partenaire commercial russe, Pharmstandard, dans le cas de certains pays de la Communauté des États indépendants. La bédaquiline coûte ainsi plus de 8 USD par jour à la Russie, soit nettement plus que le prix désormais proposé aux pays ayant droit au tarif réduit de 1,50 USD par jour. 

MSF a enjoint J&J de procéder à une baisse supplémentaire et d’offrir le prix réduit à tous les États confrontés à une forte incidence de TB-MR, afin de sauver davantage de vies.

J&J est actuellement le seul fabricant de la bédaquiline, que l’entreprise a fait breveter dans la plupart des pays et dont elle contrôle par conséquent le prix de vente. Ce monopole empêche d’autres fabricants d’Inde et d’ailleurs de produire et commercialiser des versions génériques moins coûteuses. Anticipant l’expiration, en 2023, du brevet sur le principe actif de son médicament, l’entreprise a d’ores et déjà déposé des demandes de brevets supplémentaires afin de renouveler et prolonger insidieusement son monopole jusqu’en 2027 dans de nombreux pays aux prises avec la TB. J&J interdit de la sorte aux fabricants de génériques, qui disent être en mesure de produire des équivalents plus abordables dès 2021, d’entrer sur le marché. MSF a appelé J&J à renoncer aux droits attachés à son brevet sur la bédaquiline et au renouvellement du monopole qu’il lui confère, sous peine de retarder un peu plus encore la mise à disposition de versions génériques de qualité.

« Nous avons manifesté devant le siège mondial de J&J et ses filiales du monde entier aux côtés de survivants de la TB et de son pénible et douloureux traitement, pour inciter l’entreprise à abaisser le prix de ce médicament salvateur », a affirmé Lara Dovifat, conseillère Campagnes et Plaidoyer pour la Campagne d’accès de MSF. « En attendant que des versions génériques moins coûteuses de la bédaquiline soient enfin disponibles, nous encourageons les gouvernements à profiter de la réduction de prix annoncée pour garantir que les personnes atteintes de TB-MR bénéficient du meilleur traitement actuel. »
 

* Le calcul est basé sur une réduction de 32 % par rapport au montant précédent de 400 USD pour un traitement de six mois.
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MSF est le principal fournisseur non gouvernemental de traitements contre la TB dans le monde. Depuis 30 ans, l’organisation assure des soins antituberculeux dans une variété de contextes – zones de conflit endémique, bidonvilles, prisons, camps de réfugiés, régions rurales, etc. –, souvent en collaboration avec les autorités nationales de santé. En date de septembre 2019, plus de 2000 personnes avaient reçu des médicaments de nouvelle génération dans les 14 pays couverts par les projets de MSF : 429 traités par délamanide (le seul autre antituberculeux développé depuis plus de 40 ans), 1517 par bédaquiline et 429 par une association des deux médicaments. On estime que 484 000 personnes ont contracté une TB-MR en 2018, dont seuls 32 % ont été traitées.
 

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Djann Jutzeler Communications Officer, Médecins Sans Frontières
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