RDC: Le choléra se propage dans la province du Kwango alors que l’accès à l’eau potable reste limité
Genève le 13 octobre 2026 – Alors que la République démocratique du Congo (RDC) fait face à une épidémie de maladie à virus Ebola dans l’est du pays, le choléra continue de se propager dans d’autres régions, où l’accès limité à l’eau potable et aux infrastructures d’assainissement favorise la transmission.
Depuis juin de cette année, une épidémie de choléra touche la zone de santé de Popokabaka, dans la province du Kwango, en RDC. Au 22 juillet, 345 cas suspects et 21 décès avaient été signalés dans 26 des 35 aires de santé de la zone, soit un taux de létalité de 6,1 %. Médecins Sans Frontières (MSF) soutient la réponse du ministère de la Santé à travers la prise en charge des patients, la surveillance épidémiologique, ainsi que des activités liées à l’eau, l’hygiène et l’assainissement.
L’épidémie à Popokabaka a été officiellement déclarée le 25 juin, après que l’Institut national de recherche biomédicale a confirmé la présence de Vibrio cholerae. Les trois aires de santé du chef-lieu — Secteur Popo, Cité Popo 1 et Cité Popo 2 — représentaient 200 cas, soit 58 % de l’ensemble des cas signalés.
Compte tenu du risque de propagation supplémentaire, MSF a déployé une équipe d’urgence pour soutenir la réponse à l’Hôpital général de référence de Popokabaka, où un centre de traitement du choléra a été mis en place, ainsi qu’à travers quatre unités de traitement et 31 points de réhydratation orale dans les communautés touchées. Depuis le début de l’intervention, 450 patients ont reçu des soins, dont 175 à l’Hôpital général de référence de Popokabaka.
Le traitement seul ne suffit pas
La prise en charge rapide est essentielle pour réduire le nombre de décès, mais elle ne suffit pas à stopper une épidémie de choléra. À Popokabaka, l’accès limité à l’eau potable et l’insuffisance des conditions d’assainissement continuent d’alimenter la transmission. Une part importante de la population dépend des rivières pour ses besoins quotidiens en eau.
Selon une évaluation de MSF, 61 % de la population a accès à moins de 15 litres d’eau potable par personne et par jour — le minimum requis dans les urgences humanitaires, selon l’Organisation mondiale de la Santé. Seuls 38 % ont accès à des latrines fonctionnelles, tandis que la défécation à l’air libre reste largement répandue.
« Nous pouvons traiter un patient atteint du choléra, le réhydrater et lui sauver la vie. Mais si, une fois rentré chez lui, il n’a toujours pas accès à de l’eau potable ou à des latrines, le risque que la maladie continue de se propager reste très réel », explique le Dr Materne Cirimuanua, responsable médical de la réponse à Popokabaka.
L’épidémie se déroule dans un contexte humanitaire fragile, marqué par les violences liées à la crise Mobondo dans l’ouest de la RDC, où le conflit intercommunautaire a contraint de nombreuses personnes à fuir leur domicile. À cela s’ajoutent des mouvements de population croisés, notamment l’arrivée de plus de 2 000 Congolais expulsés d’Angola.
À l’approche de la saison des pluies, les fortes précipitations pourraient encore accroître le risque de contamination des sources d’eau là où les infrastructures d’assainissement sont insuffisantes et les sources d’eau insuffisamment protégées.
Pour faire face à ce risque et améliorer l’accès à l’eau potable, MSF a mis en place 36 points de chloration. Cependant, ces mesures ne suffisent pas à répondre aux besoins de la population. Des efforts supplémentaires et une meilleure coordination entre les différentes organisations impliquées sont nécessaires pour apporter des solutions durables en matière d’eau, d’hygiène et d’assainissement.
« La saison des pluies peut rendre la situation encore plus difficile lorsque les sources d’eau ne sont pas suffisamment protégées et que les infrastructures d’assainissement sont limitées », ajoute Materne. « Il faut agir dès maintenant pour réduire les risques, renforcer l’accès à l’eau potable et rapprocher les soins de santé des communautés qui en ont besoin. »
Une réponse qui doit atteindre les communautés
L’accès aux soins de santé constitue un autre défi majeur. La zone de santé de Popokabaka compte 35 aires de santé, mais un seul hôpital général de référence. Certaines communautés ne sont accessibles qu’en pirogue, à moto ou à pied, ce qui retarde l’accès aux soins.
L’équipe d’urgence de MSF rapproche les soins des communautés les plus touchées tout en appuyant la surveillance épidémiologique afin d’identifier de nouveaux foyers. Des relais communautaires et des promoteurs de santé sensibilisent également la population aux mesures de prévention du choléra et aux bonnes pratiques d’hygiène.
« À Popokabaka, MSF appelle les autorités sanitaires et les autres acteurs impliqués dans la réponse à renforcer leurs efforts afin d’améliorer durablement l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, et ainsi réduire le risque de nouvelles épidémies de choléra, » dit Materne.
Pascale Antonie