Rohingyas: MSF renforce ses activités au Bangladesh et s’inquiète pour ses interventions en cours au Myanmar

Rohingyas: MSF renforce ses activités au Bangladesh et s’inquiète pour ses interventions en cours au Myanmar

Mercredi 6 septembre 2017 — Kutupalong, Bangladesh – A la frontière avec le Myanmar, tandis que la situation humanitaire actuelle s’aggrave, les réfugiés de Rohingya fuyant vers le Bangladesh nécessitent des soins médicaux et une assistance humanitaire de manière urgente.

A ce jour, plus de 146 000 personnes ont traversé la frontière pour entrer au Bangladesh,  afin de fuir la violence omniprésente dans l’Etat de Rakhine, au Myanmar. Depuis le début des violences en octobre 2016,  75 000 personnes sont arrivées. Ce chiffre représente l’un des flux les plus importants de Rohingyas au Bangladesh. La majorité des refugiés vivent dans des campements de fortune ou dans des camps officiels du Haut Commissariat pour les réfugiés, dans trois nouveaux campements qui se sont développés, ou au sein des communautés locales. Beaucoup de réfugiés sont bloqués dans un no-man’s land entre la frontière avec le Myanmar. Même avant le flux de migration le plus récent, beaucoup de réfugiés Rohingya au Bangladesh vivaient dans des conditions insalubres, dans des espaces surpeuplés et dangereux.

« Nous n’avons rien eu d’une telle ampleur ici depuis des années”, explique Pavlo Kolovos, chef de mission MSF au Bangladesh. « Nos équipes voient arriver des personnes sans ressources, elles sont profondément traumatisées et n’ont aucun accès aux soins médicaux. Beaucoup sont dans des états critiques, avec des blessures liées à la violence, des plaies gravement infectées ou des complications obstétricales avancées. Sans un renforcement de l’aide humanitaire, les risques potentiels pour leur santé sont extrêmement préoccupants.

Un père de 49 ans rapportait à MSF : « J’ai fui ma maison avec toute ma famille, mais mon fils a reçu une balle alors qu’il courait. Je l’ai emmené à l’hôpital, ici, au Bangladesh, mais j’ai dû laisser le reste de ma famille dans une forêt au Myanmar, sans abri, juste cachée. Je n’ai pas eu de leurs nouvelles depuis des jours. Je ne sais quoi faire, je suis vraiment désespéré. »

Des infirmières, des sages-femmes et des médecins supplémentaires sont arrivés pour soutenir les équipes sur place. MSF a mis en place une deuxième unité d’hospitalisation dans l’une des deux cliniques  que l’organisation gère dans la région de Kutupalong pour gérer l’afflux de patients. MSF soutient également le système de référencement vers d’autres hôpitaux et gère des ambulances pour transporter des patients 24h/24. Par ailleurs, deux nouvelles équipes mobiles évaluent à la fois les besoins médicaux et soignent les blessures. Parallèlement, MSF distribue aussi des biens de première nécessité aux nouveaux arrivants.

« Nous sommes alarmés par le fait que des centaines de milliers de personnes au Myanmar n’aient toujours pas accès à la santé et qu’il n’y a pas d’acteurs sur le terrain qui soit capable ou autorisé à répondre à cette crise». Etant donné que les niveaux de vaccination sont très bas dans le nord de l’Etat de Rakhine, l’une des premières priorités devraient être d’organiser des campagnes de vaccination pour les nouveaux arrivants contre la rougeole et d’autres maladies évitables. Plus d’efforts sont aussi nécessaires pour faire diminuer les niveaux de malnutrition très élevés parmi les Rohingyas déjà présents au Bangladesh, ainsi que ceux dans l’Etat de Rakhine ».

Bien qu'il y ait maintenant des distributions modestes de nourriture, certains réfugiés n'ont reçu que des rations de biscuits secs et l'accès à de l'eau potable reste une question préoccupante. «Quand je suis arrivé, j’ai reçu  sept sachets de biscuits pour nourrir mes enfants. C'est tout ce qu'ils ont mangé depuis », a déclaré un père de quatre enfants arrivés il y a trois jours. « Pour le moment, nous habitons dans une école avec ma famille, mais la direction de l’établissement nous a informé que nous devions partir demain. Je ne sais pas où nous irons. »

 

MSF au Bangladesh et au Myanmar :

Bangladesh:

En 1985, MSF a démarré ses activités pour la première fois au Bangladesh. À proximité du campement de fortune de Kutupalong dans le district de Cox's Bazar, MSF gère deux cliniques qui dispensent des soins de santé primaire et d'urgence aux réfugiés Rohingya et à la communauté locale. L’organisation s’occupe également du service d’hospitalisation et du laboratoire. En 2016, les équipes ont effectué 89 954 consultations en ambulatoire et 4 559 consultations en santé mentale, 2 491 patients ont été admis à l’hôpital. Elles ont également traité 103 victimes de violence sexuelle en 2016, ce qui correspond au double du nombre de 2015 soit plus du double du nombre par rapport à 2015. En outre, 15 194 consultations prénatales ont été dispensées.

MSF travaille également dans les bidonvilles de Kamrangirchar, dans la capitale Dhaka, fournissant des soins de santé mentale, de santé sexuelle et reproductive, et des consultations prénatales, ainsi qu'un programme de santé au travail pour les ouvriers.

Myanmar:

MSF intervient au Myanmar depuis 25 ans, collaborant avec le ministère de la Santé pour soigner les patients atteints de VIH et de tuberculose, en dispensant des soins de santé primaires et en organisant des campagnes de vaccinations.

Dans l'Etat de Rakhine, MSF travaille majoritairement avec des équipes mobiles qui offrent des consultations primaires dans plusieurs villages et campements de populations déplacées et qui réfèrent les cas les plus critiques vers les hôpitaux  publics. MSF effectue un support pour le traitement contre le VIH dans les hôpitaux du ministère de la santé dans la partie nord. Dans la partie centrale de l’Etat de Rakhine, MSF traite également les patients atteints de tuberculose dans le cadre du programme national de lutte contre la tuberculose.

MSF avait également des activités médicales dans les cantons de Pauktaw, Sittwe, Ponnagyun, Maungdaw et Buthidaung. Cependant, dans cet Etat, elles ont été immobilisées depuis la mi-août en raison de blocages au niveau des autorisations de voyager et se déplacer. Cela laisse des milliers de patients privés de soins, ou avec un accès très limité, y compris  ceux souffrant de maladies chroniques et ceux potentiellement en situation critique. MSF continue d'être présente à Maungdaw.